Troubles du comportement en milieu scolaire


Un livre pour une école plus inclusive.

Bruno Egron, Vice-Président de l’Entraide Universitaire et Inspecteur honoraire de l’Éducation nationale, est le co-auteur avec Stéphane Sarazin de «Troubles du comportement en milieu scolaire» paru en septembre 2018, dans la collection Comprendre et aider des éditions Retz.

Quel est l’objectif et la particularité de ce livre ?

Ancien enseignant spécialisé (CAEI option troubles du comportement et de la conduite), j’ai toujours regretté de ne pas avoir à ma disposition d’ouvrages écrits par des pédagogues pour accompagner mes élèves. Conseiller pédagogique, formateur à l’INSHEA et inspecteur de l’Éducation nationale, j’ai constaté que les enseignants reprenaient les mêmes tâtonnements, faute d’une culture professionnelle établie et partagée.

J’ai travaillé pendant plusieurs années avec des conseillers pédagogiques et des enseignants pour compiler les actions qui donnent du résultat dans les classes pour ce public, et à lire les rares ouvrages sur le thème.  La collaboration avec mon co-auteur, Stéphane Sarazin, coordonnateur de plusieurs ITEP dans le Sud-Ouest, riche d’une expérience variée, réfléchie et organisée, nous a permis de proposer un ouvrage qui donne des cadres pour comprendre et des pistes d’action dans la classe et l’établissement,  éprouvées dans les écoles et ITEP. Le travail des éditions Retz a contribué à rendre la lecture claire et aérée, illustrée de nombreuses situations d’élèves.

En quoi est-il complémentaire de votre précédent ouvrage « Scolariser les élèves handicapés mentaux et psychiques » ?

Ce premier ouvrage, qui est devenu une lecture de base pour les candidats au CAPPEI (certificat permettant de devenir enseignant spécialisé), a les mêmes objectifs, mais concerne les troubles de l’efficience intellectuelle, du spectre autistique, du comportement et psychiques. Il est de ce fait plus généraliste et s’adresse plus particulièrement aux enseignants spécialisés. « Les troubles du comportement en milieu scolaire » vise prioritairement le public des enseignants non spécialisés, mais les enseignants spécialisés y trouveront aussi réponses à leurs interrogations. Ciblées sur un trouble, les pistes proposées y sont plus nombreuses, détaillées, accompagnées d’outils adaptés au public.

Quel sont les enjeux spécifiques de l’inclusion en milieu scolaire des enfants connaissant des troubles du comportement ?

Les élèves avec troubles du comportement sont ceux qui posent le plus de difficultés aux enseignants et aux équipes. Ils mettent à mal le contrat pédagogique qui lie habituellement l’élève, l’enseignant et l’École. Cependant, le maintien en milieu scolaire ordinaire reste leur meilleure chance d’inclusion professionnelle et sociale à l’âge adulte, l’enjeu principal est là.

Beaucoup de ces enfants sont exclus du système scolaire et accueillis en établissements spécialisés. Cependant les expériences menées par différents dispositifs d’accompagnement des équipes enseignantes montrent qu’il faut souvent très peu pour maintenir l’élève à l’école : un soutien aux enseignants, une réorganisation des conditions d’apprentissage, une réflexion sur les attitudes face à l’enfant, un accompagnement éducatif, la mise en place de lieux d’expression… pour que la scolarisation en milieu ordinaire soit possible. La prévention, par un développement de l’accessibilité, appuyée par un accompagnement éducatif et thérapeutique, permettent d’éviter l’orientation en ITEP, à partir duquel le retour en classe ordinaire est difficile.

Que cela suppose t’il en termes de moyens pour les établissements scolaires et pour les établissements sociaux et médico-sociaux qui accompagnent ces enfants ?

Avant les moyens, il faut repenser l’accompagnement des enfants en situation de handicap, changer de paradigmes : postuler qu’ils sont éducables et qu’une vie avec des activités dans un environnement partagé est plus épanouissante qu’une vie en milieu protégé mais isolé et restreint dans ses possibles; reconnaitre que le cocooning bienveillant des établissements médico-éducatifs ne répond plus aux attentes sociétales, que le milieu ordinaire (dont l’école) est perfectible quant à l’accueil et les adaptations pour les élèves à besoins particuliers … et qu’il faut donc changer cette société.

Ensuite, il faut oser le rapprochement Éducation nationale-médico-social dans deux directions : la prévention, pour éviter l’exclusion, et l’accompagnement des enfants déjà accueillis en EMS, avec des actions dans deux directions : la compensation qui vise à aider l’enfant à apprendre dans la classe ordinaire, et l’accessibilité pour améliorer la capacité de l’Ecole à accueillir tous les élèves (je parle ici d’un accueil de tous dans les écoles, pas obligatoirement dans les classes). Je dis oser car actuellement, outre des discours politiques généraux, nous ne voyons pas d’orientations réglementaires claires. Plusieurs actions vont dans ce sens : scolarisations ponctuelles, unités d’enseignement externalisées, expériences partenariales locales… qui restent anecdotiques au regard des objectifs annoncés pour les plus de 70 000 enfants scolarisés en unités d’enseignement. C’est vers une systématisation de la scolarisation de la majorité des élèves qu’il faut se diriger.

Enfin, il est nécessaire pour cela de réorganiser réglementairement la scolarisation des élèves en situation de handicap. L’égalité des droits et la non-discrimination de la loi du 11 février 2005 ne sont pas totalement dans les faits. Quelques exemples : pourquoi est-ce le médico-social qui finance leur scolarisation ? Un transfert de ces moyens sur les collectivités territoriales ordinairement financeurs permettrait une présence des unités d’enseignement externalisées généralisée et qui ne dépende pas des disponibilités en locaux ; comment financer les nécessaires actions de prévention et de partenariat avec les enseignants effectuées par les personnels du médico-social ? Etc.

Militant de l’inclusion, vous avez présenté une motion adoptée par le Conseil d’administration  et organisé le colloque de l’Entraide Universitaire « Vers la société inclusive : rôle et place des établissements sociaux et médico-sociaux ». Quels seront les prochains projets que vous porterez au sein de l’association ?

Tout d’abord, une actualisation de notre tableau de bord est nécessaire : combien d’élèves accueillis en milieu ordinaire, sous quelle modalité… Quelles  actions dans ce sens ?… Ces données nous permettrons d’évaluer nos avancées.

Ensuite  nous relançons les réunions de la commission scolarisation avec pour objectif le développement des actions d’inclusion scolaire, en échangeant sur les pratiques, identifiant les obstacles, proposant des pistes d’action, en partenariat administrateurs-direction générale- directeurs, chefs de service, enseignants …

Déjà nous proposons, par l’intermédiaire de notre centre de formation J.P. Verdier, des formations  destinées aux enseignants (et aux éducateurs) qui visent la mise à jour des connaissances des publics accueillis, des objectifs de l’école inclusive, des pistes éducatives et pédagogiques… selon les demandes. La formation des enseignants de contrat privé, qui sont majoritaires au sein de l’Entraide universitaire, souvent exclus des circuits de formation professionnelle, me semble importante pour des acteurs de l’école inclusive, dans ce qui deviendra dans un futur proche le cœur de leur métier : conseiller leurs collègues en milieu ordinaire  pour développer l’accessibilité de l’École et la scolarisation de tous.

Enfin, être force de propositions dans les diverses associations et regroupements d’associations en direction des décideurs, c’est le rôle politique d’un administrateur.